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Témoignage de Barthélémy Longueville (B3-1996)

Peux-tu en quelques mots retracer ton parcours à l’ENS ?

J’ai toujours été intéressé par la technologie. Ce qui m’a fait choisir l’ENS, c’est la possibilité d’études et de carrières plus ouvertes, qu’aux arts et métiers par exemple. À cela s’ajoute la situation géographique qui m’attirait, tout comme la diversité de sections et du campus de Cachan. J’avais envie de changement, et Paris me semblait la place idéale pour me fournir les meilleures opportunités.

J’ai intégré l’ENS en 1996, au département génie mécanique. Après la première année de tronc commun, je me suis spécialisé dans la partie mécanique – production (département B3).

As-tu passé le concours de l’agrégation, et pourquoi ?

À vrai dire à l’époque, il n’y avait pas vraiment le choix de ne pas la passer ! Même si je savais que je ne me dirigerais probablement pas vers l’enseignement. J’étais plutôt dans une optique de recherche industrielle. Je voyais Cachan comme l’école qui pouvait m’amener le plus loin dans ce domaine, et pouvant le plus facilement me préparer à un DEA ou une thèse, en labo ou en entreprise. Je n’étais pas contre l’idée d’aller ensuite travailler dans le privé, mais je ne m’orientais pas spécifiquement dans cette direction.

Par la suite, as-tu fait une thèse ?

Juste après l’agrégation, j’ai commencé un DEA à l’école Centrale, en 1999, dans un laboratoire de génie industriel, que très peu de normaliens choisissaient à l’époque mais qui m’intéressait. Ceci m’a permis d’obtenir un stage chez PSA, qui lui-même a été un tremplin vers l’obtention d’une thèse par le dispositif CIFRE, toujours chez PSA, que j’ai démarrée en 2000 et présentée en 2003.

Qu’as-tu retiré de tes années à l’ENS ?

J’ai beaucoup apprécié l’année de l’agrégation. C’était intense, exigeant, plus difficile que mes années de prépa. Je me rappelle en particulier mes épreuves de leçons, qui étaient très formatrices. En revanche j’ai été très surpris par mes années de licence/maîtrise. La différence de méthodes d’enseignement entre la prépa et la fac est très dépaysante. Tout ne m’a pas intéressé, et comme à l’époque je n’étais pas très discipliné, je pense que je suis passé à côté d’un certain nombre d’aspects. Surtout, lorsque je compare les méthodes d’enseignement avec par exemple mes amis anglo-saxons, je me rends compte que très probablement, dans un cadre différent, je serais déjà devenu chef d’entreprise dans une start-up innovante. En effet, je travaillais sur un certain nombre de projets novateurs, mais sur lesquels je n’ai pas osé m’impliquer au point de créer une entreprise.

Tu as donc opté pour une carrière dans le privé. Tu as débuté par PSA, pourquoi n’y être pas resté par la suite ?

À la fin de ma thèse, j’ai eu accès à un large éventail de possibilités, mais paradoxalement peu d’ouvertures chez PSA, qui ne m’offrait qu’une situation un peu précaire avant d’éventuellement déboucher sur une véritable embauche quelques mois plus tard. J’ai finalement opté pour un poste dans un département de recherche-innovation chez EADS.

Qu’as-tu fait chez EADS ?

Pendant trois ans j’ai été chef de projet. Je travaillais au centre de recherche-innovation qui s’occupait des problématiques de systèmes d’information pour l’ingénierie. EADS est une entreprise où l’on s’occupe davantage de conception que de production : il s’agissait donc concrètement de travailler sur des outils d’évaluation, de transmission de l’information, des modèles de calcul, etc.

Mon seul regret, c’est que j’avais le sentiment de ne pas être suffisamment proche des problématiques concrètes, du terrain. Un exemple, j’ai eu à travailler sur des outils d’aide à la conception de l’A350 ; c’était en 2004, et le tout premier vol n’a eu lieu que l’année dernière soit presque 10 ans plus tard, alors que j’avais déjà quitté EADS depuis longtemps.

À quel moment l’as-tu quitté ?

Pour comprendre, il faut remonter à l’époque de mon stage de maîtrise. J’ai fait une rencontre qui s’est avérée déterminante. Un de mes professeurs de Cachan connaissait une personne de chez PSA en Chine, qui m’a donné l’opportunité de m’installer plusieurs mois en Chine, sur le site de Xiangfan. J’avais beaucoup apprécié ce que j’avais fait, ainsi que le lieu, et m’étais dit que j’y retournerais peut-être un jour. Puis en 2003, j’ai saisi une opportunité offerte par Vallourec, suite à une candidature spontanée soutenue par des dirigeants du groupe rencontré grâce à un réseau que j’avais monté lorsque j’étais thésard. Le deal était que pendant deux ans j’occupais un poste très terrain, mais qu’à terme je serais privilégié en cas de possibilité de poste en Chine. Je suis donc devenu pendant deux ans responsable qualité dans une usine de Bourgogne.

Comment s’est passée ton expérience chinoise ?

Au départ je devais assister le directeur d’une usine en tant que responsable qualité et contrôle de gestion. Puis au moment de partir, le directeur d’une autre usine en construction a démissionné et on m’a proposé de le remplacer au pied levé. J’ai donc suivi la fin des travaux, constitué les équipes etc. Cela a duré environ six mois, puis pendant un an j’ai remplacé un autre directeur d’usine qui était reparti en France. J’ai été ensuite VP Chine de l’activité Heat Exchanger.

Il y a un an, on m’a proposé de reprendre la tête de la division Power Generation pour la région Chine. Ce qui est toujours mon poste actuel.

Quelle différence notable observes-tu dans le monde des affaires entre la Chine et la France ?

Il y en a beaucoup, mais une des plus importantes à mes yeux est l’approche client. En Chine, le client est vraiment roi. Il faut être très disponible, très réactif aux changements de demande. Par ailleurs les Chinois voient aujourd’hui la France comme un pays avec une histoire riche mais qui n’est plus un pays vraiment important. Mis à part l’industrie du luxe, il n’y a plus spécifiquement de rayonnement français. Ils continuent cependant de faire confiance aux ingénieurs et commerciaux français.

Ensuite, sur le plan culturel, on se rend bien compte qu’en France nous avons été éduqués avec l’idée que nos valeurs étaient des valeurs universelles. Or en Chine, certaines questions comme la relation à l’autre par exemple sont traitées de manière très différente. Je reconnais que sur ce plan-là je suis resté très français, mais il est important pour toute personne qui souhaite vivre dans un autre pays de savoir mettre de côté ses convictions profondes et tenter de comprendre le mode de pensée de l’autre.

Aimerais-tu à terme mettre à profit ton expérience d’expatrié pour créer ta propre entreprise ?

 

Oui, absolument ! Aujourd’hui j’ai un grand nombre d’idées qui me viennent à l’esprit, du fait des simples observations du quotidien. Mais je ne me vois pas me lancer tout de suite. J’attends d’abord d’avoir suffisamment développé mon réseau et mon expertise et je n’envisage cette possibilité que comme une deuxième partie de carrière. Dans tous les cas j’attends de trouver également le bon partenaire, car je ne me vois pas me lancer seul dans cette aventure. Quant à savoir si cela aura lieu en Chine en France, ou ailleurs, rien n’est encore décidé.

 

Propos recueillis par Pierre-Louis Gourdoux (promotion 2008)

Témoignage de Sandra BRUN (D2-1998), Cofondatrice de El Tacot

Peux-tu te présenter, ainsi que ton parcours, en quelques mots ?

Adolescente, j’ai voulu devenir enseignante. C’est pour ça que je me suis logiquement dirigée vers l’École normale supérieure, que j’ai intégrée en 1998 au département éco-gestion (D2). À l’époque existaient des stages pédagogiques obligatoires en deuxième année. L’idée était de trouver une formation, un lycée ou un BTS, où l’on effectuait deux heures de remplacement par semaine. Cela nous permettait de nous mettre en condition réelle et de réfléchir à notre avenir, en particulier quant au choix de passer ou non l’agrégation.

Lorsque j’ai effectué ce stage, je me suis rendu compte que l’idée que je me faisais de l’enseignement était assez différente de la réalité : beaucoup de patience et de pédagogie sont nécessaires, même au niveau BTS. A 22 ans je ne me sentais pas assez mûre ni sure de moi pour motiver ces élèves, les tirer vers le haut. J’ai quand même décidé de passer l’agrégation, pour me laisser le temps de la réflexion et aller au bout des enseignements proposés par l’ENS.

Qu’as-tu fait après l’agrégation ?

L’agrégation en poche, j’ai effectué un stage en entreprise d’un an, à la faveur d’un congé pour convenance personnelle. Ce qui devait être un stage étudiant classique chez Air liquide est en fait devenu mon principal emploi. Je suis restée 12 ans, en commençant au sein des ressources humaines, alternativement comme chef de projet et responsable opérationnelle : projets de recrutement international, projet de transmission des savoirs faire entre générations, gestion RH d’un groupe de PME high tech rattaché à Air Liquide. Par la suite, j’ai eu envie d’aller plus loin dans la vie économique de l’entreprise en devenant commerciale. Je souhaitais développer une véritable expérience pratique, rencontrer fournisseurs et clients, voir comment vivait un business, etc.. Cela m’a donné des idées et quatre ans plus tard j’ai décidé de monter El Tacot.

Tu as donc décidé de démissionner de l’éducation nationale. Comment cela s’est-il passé ?

J’ai démissionné à la fin de mon année de congé, en 2002. Ce que je peux dire, c’est que la communauté des normaliens auxquels j’appartenais m’a fait sentir que mon choix n’était pas anodin. C’était assez mal vu, tant des professeurs que des élèves. Certains craignaient que je ne m’ennuie rapidement dans le monde de l’entreprise, a priori moins porté sur les questions d’ordre purement intellectuel, d’autres le vivaient un peu comme un désaveu. Mais la vie n’est pas linéaire ! On change énormément d’envies, de capacités, de perspectives entre 20 et 30 ans et c’est important, quelle que soit la voie initialement empruntée, de toujours se demander « où serai je le plus heureux ?/ la plus heureuse ? ».

Quel est exactement ton statut actuel ?

Je n’ai pas démissionné d’Air liquide. En fait je bénéficie d’un statut créé il y a quelques années, le congé pour création d’entreprise. Le principe est que je quitte temporairement mon emploi, pour une durée maximum de deux ans, pour créer mon entreprise. J’ai deux ans pour revenir dans mon entreprise, et celle-ci à l’obligation de m’accepter à un poste équivalent à celui que j’ai quitté. Bien évidemment, je ne touche plus de salaire, de même que je ne perçois pas d’allocation chômage.

C’est un statut qui me convient très bien et que je trouve avantageux pour les deux parties. Il permet pour le salarié de prendre un risque de carrière sans tout mettre en jeu, et dans le cas d’un retour dans l’entreprise initiale, celle-ci bénéficie des nouvelles compétences acquises au cours du procesus de création d’entreprise.

À quel moment t’es tu dis que tu voulais tenter l’aventure entrepreneuriale ?

Cela fait déjà quelques années. En effet, Air liquide est une entreprise qui permet assez facilement le changement professionnel ; ceci explique que j’ai pu exercer en seulement quelques années chez eux trois métiers très différents. Ces changements fréquents ont entraîné une certaine mobilité intellectuelle, ainsi qu’une faculté d’adaptation à de nouvelles situations.

Pour ce qui est de monter spécifiquement El Tacot, cela répondait à un gout personnel pour le monde de la cuisine et de la gastronomie, à la volonté de trouver un business qui soit rapidement opérationnel, et à une rencontre avec 3 futurs associés très en phase sur le projet.

As-tu eu certaines appréhensions avant de te lancer ?

Il est clair que je n’aurais jamais fait ce choix à 25 ans. Ce changement s’est opéré dans ma tête pendant 10 ans, encore une fois grâce à la mobilité au sein même de mon entreprise. C’est grâce à tout ce parcours que j’en suis là aujourd’hui. On dit souvent que les jeunes sont plus aptes et enclins à prendre des risques ; ce n’est pas toujours vrai. Certains développent ce goût très tôt, ce n’était pas mon cas. Passer par un poste de commerciale m’a clairement aidée à prendre confiance en moi, en ma capacité à fonctionner dans un environnement inconnu et à rebondir au fil des situations rencontrées. Et puis, savoir vendre, c’est en toute chose le nerf de la guerre !

Pourquoi précisément un Food truck ?

C’est un rêve personnel. Je suis à l’origine passionnée par la cuisine à la fois par le côté créatif de la chose et à la fois par les échanges qu’elle permet avec les gens. Monter un restaurant c’est une grosse opération financière, avec beaucoup de personnel et le risque d’être presque constamment dans sa cuisine ou dans son bureau, sans jamais voir les clients. Avec le Food truck c’est très différent. Certains jours, je suis en cuisine pour l’élaboration de la nouvelle carte ou pour aider mon cuisinier, d’autres jours à la rencontre des clients via le camion ou via des actions de démarchage commercial. Je peux toucher à tout.

Tu dis que c’est un travail complet. C’est-à-dire ?

Il y a évidemment l’aspect créatif lié à la cuisine elle-même mais aussi à la communication envers nos clients, notamment digitale. Les clients demandent en permanence de la nouveauté, des contenus, des partenariats et événements originaux.

Il y a ensuite la gestion de l’ensemble de l’entreprise : approvisionnements, gestion du personnel (j’ai un salarié temps plein et souvent des « extras », suivi comptable, élaboration du plan d’hygiène et de sécurité sanitaire propres à ce métier.

Enfin il y relation avec les clients, qui peuvent être des particuliers -consommateurs finaux- ou des institutions organisatrices d’événements. L’enjeu est là de se faire connaitre et de fidéliser dans un marché émergent, très concurrentiel, avec beaucoup de règles et de standards encore flous (comment rassurer les clients sur l’hygiène en restauration ambulante ? comment se différencier ? comment défendre son niveau de prix face à la multiplication de l’offre ? comment créer des partenariats de long terme ? etc.).

Es-tu seule créatrice dans cette entreprise ?

Non, heureusement !

Nous sommes quatre associés, avec un accord de base : chacun devait être apporteur de capitaux et de compétences en phase de création, puis une fois le camion opérationnel les autres associés restent « consultants », et pour ma part je gère l’entreprise. L’implication de mes associés, leur envie de discuter ensemble des orientations à prendre, de rester présents dans l’entreprise malgré leurs vies professionnelles respectives est une source de richesse essentielle et une vraie motivation pour moi dans ce projet.

Nous avons investi à peu près la même somme, mais je suis légèrement majoritaire pour des raisons de simplicité administrative.

Parviens-tu déjà à vivre ton activité ?

Non pas encore. Nous avons commencé les ventes début juin 2013. À l’origine je pensais que nous serions rentables environ six mois après la création. Mais ce marché, totalement nouveau, est en définition permanente ! Il y un fossé entre les conditions actuelles et celles qui prévalaient pour les premiers food trucks lorsque j’ai élaboré mon business plan (forte concurrence, renchérissement du tarif des emplacements, réticences des pouvoir publics, etc). Le business plan reste néanmoins essentiel : c’est une bonne référence de prise de décision en environnement flou et de gestion des priorités.

Quelle est ta zone de chalandise ?

Nous sommes présents dans toute l’Île-de-France Ouest ; c’est-à-dire tout l’axe Roissy – Orly – Ouest. Il est en revanche très difficile d’essayer d’estimer le nombre de clients potentiels. Cela change tout le temps, en fonction d’un très grand nombre de facteurs.

Quand tu fais le bilan de tout ton parcours jusqu’à aujourd’hui, que retires-tu de ton passage à l’École normale supérieure ? Avais-tu l’impression, en y étant, que l’école pourrait t’aider dans une carrière privée ?

Pas du tout ! Quand j’étais à Normale Sup’, j’ai eu des moments très difficiles. J’avais vraiment l’impression qu’on accumulait énormément de connaissances, mais je me rendais moins compte de ce que cela nous apportait en termes de méthodologie. J’avais l’impression d’être davantage dans la restitution que dans la réflexion. Comme c’était orienté vers la recherche et l’enseignement, j’avais l’impression qu’il y avait peu d’applications pratiques.

Aujourd’hui, avec le recul, je crois que je n’ai pas la même rigueur que les autres. Je suis beaucoup plus exigeante sur la précision de ce que je fais, la qualité du résultat, la capacité à synthétiser et à cerner l’essentiel d’une situation. En termes de compétences opérationnelles, c’est ma carrière en entreprise qui m’a principalement aidée. En revanche dans l’analyse des situations et la capacité à être pertinente cela m’a beaucoup aidée.

Y a-t-il des compétences / des outils que tu as appris qui te resservent aujourd’hui ?

Oui bien sûr: le contrôle de gestion et la création d’indicateurs, les notions de vente et d’analyse de marché, les bases de comptabilité, l’histoire des organisations – de leurs succès et échecs, etc. Cela me permet d’avoir une vue globale sur chaque aspect de la vie de mon entreprise. Je ne suis pas spécialiste en tout, mais je sais repérer si la direction est la bonne.

Est-ce que le fait d’être normalienne t’a aidée dans ta vie professionnelle ?

Il est clair qu’au départ on m’a fait plus facilement confiance qu’à d’autres. En revanche rapidement il est important de faire ses preuves. La réalité doit rattraper la réputation. L’École normale supérieure véhicule une image de sérieux et de rigueur, qui facilite l’octroi des premiers stages et emplois. Nous avons la réputation d’approfondir les sujets. Nous ne sommes pas forcément les meilleurs en politique pour nous vendre, mais nos compétences sont reconnues et recherchées.

Tu disais tout à l’heure que ceux qui t’ont déconseillé de démissionner de l’École normale supérieure et de la fonction publique craignaient que tu ne t’ennuies au sein du monde de l’entreprise. Est-ce le cas ?

Bien sûr, tout dépend de l’entreprise, du poste, etc. Dans toutes les entreprises, certaines tâches extrêmement répétitives deviennent rapidement lassantes. Mais d’une part j’observe que ceci est vrai quel que soit le métier, y compris dans la recherche. Je ne crois pas que les chercheurs prennent un grand plaisir à remplir toutes les formalités administratives auxquelles ils sont soumis. D’autre part, le monde de l’entreprise peut être extrêmement enrichissant, motivant et intellectuellement stimulant.

Pourquoi participer à Normaliens Autrement ?

Je travaille beaucoup en réseau. Le partage d’expérience a toujours été important pour moi. Je tiens toujours à rappeler aux jeunes qui viennent assister à nos réunions que le bonheur n’a rien à voir avec l’élitisme. Je comprends tout à fait que l’on puisse s’épanouir dans la pure abstraction. Mais ce n’était pas mon cas, et je pense qu’il est important de dire que le monde de l’entreprise, même s’il ne peut convenir à tout le monde, peut être extrêmement créatif et bénéfique pour le développement personnel.

Pour terminer, que dirais-tu à ceux qui ont envie de créer leur entreprise ?

Créer une entreprise, c’est souvent mettre toute sa vie dedans : ses fonds, son cœur et son temps. Il est important de créer une entreprise sur un sujet qui vous passionne. Étant donné l’investissement personnel, je pense que c’est une mauvaise idée de créer une entreprise pour créer une entreprise. Pour le reste, chacun choisit ses propres buts. Le mien était de réaliser un défi personnel, d’autres veulent gagner rapidement de l’argent, d’autres changer le monde…

Par ailleurs je pense qu’il est absolument nécessaire, dès le début, de se laisser du temps pour continuer de fréquenter les réseaux professionnels. Parlez de votre idée au maximum, écoutez les conseils des uns et des autres. Au début on a le réflexe de toujours vouloir rationaliser au maximum son temps, alors qu’il faut absolument lâcher prise et se donner des respirations.

*

Témoignage d'Olivier Combe (D3-1982), Responsable des affaires institutionnelles, Groupe BPCE

 

Quelles sont tes fonctions actuelles, quelle est la nature de ton poste, où travailles-tu ?

Je suis responsable de Relations Institutionnelles à Direction des Affaires  Publiques du Groupe BPCE. BPCE SA est l’organe central commun aux réseaux des Banques Populaires et des Caisses d’Epargne. Créée en 2010, notre Direction est essentiellement chargée de mener des actions de lobbying en lien avec les associations de Place françaises et européennes (Fédération Bancaire Française, Association européenne des banques coopératives, Groupement Européen des Caisses d’Epargne, Fédération Bancaire Européenne…). A titre d’exemple, nous avons beaucoup travaillé cette année sur l’élaboration des directives européennes liées à la régulation du secteur financier souhaitée par la Commission européenne. Pour ma part, j’ai également contribué aux travaux d’élaboration du projet de loi français sur l’économie sociale et solidaire entré en discussion au Parlement ainsi qu’au texte de loi sur la séparation et la régulation des activités bancaires adopté en juillet dernier. 

Peux-tu retracer rapidement ta carrière jusqu’à aujourd’hui ?

A la sortie de l’ENS en 1986, j’ai bénéficié de deux années de recherche dont une passée à la Direction des Etudes et Statistiques Monétaires de la Banque de France.

J’ai ensuite passé une année au service des Etudes de la Commission des Opérations de Bourse avant de rejoindre le monde des Caisses d’Epargne.

Entré en 1990 à la Direction de l’Organisation Financière du Centre National des Caisses d’Epargne (Service des Prévisions Financières puis de la Réglementation Financière), j’ai par la suite orienté ma carrière vers des postes à dominante plus institutionnelle et juridique (Direction des Relations Institutionnelles) avant de rejoindre en 2003 le Cabinet du Président de Directoire puis du Président du Conseil de surveillance. En 2010, j’ai intégré la Direction des Relations de Place alors en création,  devenue fin 2012 Direction des Affaires Publiques.    

Pourquoi avais-tu choisi l’ENS CACHAN/ENSET après tes années de prépa ?

Le choix était tout tracé. Etant bachelier B, j’ai opté après la terminale pour une classe préparatoire parisienne préparant exclusivement au concours de l’ENSET section D3, Sciences économiques et sociales. J’avais alors la ferme intention de devenir professeur d’économie. Mes rencontres avec un éminent Professeur d’économie financière bancaire et les dirigeants de la Banque de France ont changé la donne…   

Que t’a apporté l’Ecole ?

Comme pour beaucoup d’entre nous, c’est bien sûr l’opportunité d’intégrer une Grande Ecole digne de ce nom et de pouvoir mener des études supérieure à Paris (Université Paris 1 et IEP)  ce que je n’aurais pas pu envisager trois ans plus tôt. De l’ensemble de mes études à l’Ecole, j’ai également acquis une méthode générale de travail aisément transférable.

Quel est ton meilleur souvenir de l’Ecole ?

C’est incontestablement la richesse de la pluridisciplinarité, l’ouverture d’esprit, la liberté d’apprendre et la force des liens créés sur place. Notre association en est le témoin. Pour l’anecdote, je réside depuis maintenant trente ans tout près de l’Ecole et j’y passe encore très régulièrement. 

As-tu enseigné à ta sortie de l’Ecole ?

Ayant fait le choix de la recherche dès la troisième année d’études, je n’ai jamais enseigné après la sortie de l’Ecole.

Pourquoi avoir changé de voie ?

Le changement a été progressif et assez naturel après mon passage très marquant à la Banque de France et compte tenu des travaux menés qui portaient  sur la formation des taux d’intérêt et la politique monétaire. La recherche d’un premier emploi d’économiste dans le secteur bancaire est donc venue naturellement.

Progressivement avec l’expérience, je me suis orienté vers des postes plus politiques que techniques me sachant également plus attiré par des postes d’experts que de manager.

Comment vois-tu l’avenir pour toi, ton entreprise ou ton domaine d’activité ?

Notre secteur d’activité a connu ces dernières années, surtout depuis la crise de 2008 de grands bouleversements.  Nous devons nous adapter à un nouveau cadre réglementaire européen très contraignant et notre modèle économique devra évoluer. La relation banque-client change sous l’effet du consumérisme et du développement des nouvelles technologies.  Le virage de la banque numérique est un enjeu majeur pour les cinq à dix ans à venir.

Pour ce qui est du Groupe BPCE, il s’est considérablement développé ces dix dernières années avec notamment la création de Natixis en 2006 et la fusion entre la Caisse Nationale des Caisses d’Epargne et de la Banque Fédérale des Populaires en 2009. A titre d’exemple pour ce qui concerne l’organe central, nous étions 360 personnes en 1990, nous sommes aujourd’hui plus de 1000 et le Groupe dans son ensemble compte  environ 117 000 collaborateurs contre 38 000 en 1993.   

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour réaliser ton projet ?

Je n’ai pas rencontré de difficulté majeure une fois entré aux Caisses d’Epargne. La principale difficulté a été de convaincre un employeur privé venant de la fonction publique…

Comment as-tu été aidé ?

J’ai été initialement aidé par mon Directeur de Thèse, très influent dans le milieu bancaire.

Peux-tu identifier les raisons de ta réussite ?

Rien que de très classique : une formation de base très solide et beaucoup de travail, mais aussi la capacité à saisir les opportunités au bon moment.

Que dirais-tu à un jeune normalien tenté par le même choix que toi ?

Je crois qu’il ne faut pas hésiter à franchir le pas et surtout rester déterminé ;  le reste est question d’opportunités et de travail personnel. Il faut faire un choix motivé, y croire, s’y tenir et cultiver son réseau de relations. 

*

Témoignage de Jean-Philippe Bidault (1975 A"2), Secrétare général et administrateur de la Compagne des Experts financiers

Quelles sont tes fonctions actuelles, quelle est la nature de ton poste, où travailles-tu ?

Actuellement, je suis secrétaire général et administrateur de la Compagnie des Experts financiers (CCEF), qui regroupe plus de 600 membres originaires de toutes les horizons impliqués dans la Finance. Il s'agit pour moi d'un poste bénévole car ma santé m'a imposé un repos de plus d'un an. Je devrais reprendre mes activités au courant de l'automne. La Compagnie a son siège à Paris et des bureaux dans chaque région de France, y compris l'Outre-mer. J'ai lancé au début de l'année 2013 une lettre d'information mensuelle et une revue trimestrielle de réflexions. Dans les séminaires et conférences, c'est moi qui suis chargé de faire les bilans macroéconomiques et les points de conjoncture. D'un autre côté, je viens de terminer le tome 2 de mon livre "Si la banque m'était contée…" qui fait suite au tome 1, paru l'an dernier "Si l'argent m'était conté…"

Peux-tu retracer rapidement ta carrière jusqu’à aujourd’hui ?

C'est un parcours très peu linéaire. Les disciplines scientifiques m'ont toujours plu, mais, jeune homme, je rêvais d'étudier les lettres classiques. Quand j'ai terminé mon parcours universitaire scientifique à Cachan, je me suis inscrit à la Sorbonne en lettres modernes. Et j'enseignais la physique et la chimie aux étudiants de première année de Médecine. Le temps d'obtenir ma maitrise de lettres. Aussitôt après, j'ai rencontré le patron d'un groupe de presse qui m'a proposé de devenir journaliste. Je n'ai pas hésité une seconde. Et je me suis retrouvé à écrire des critiques de livres, puis des articles de fond sur la science ou des portraits d'écrivains, anciens ou contemporains. Une de mes grands-mères était d'origine antillaise. J'ai toujours de fortes attaches en Martinique. Quand les événements se sont déchaînes en Nouvelle-Calédonie, je me suis vraiment intéressé à l'actualité politique là-bas. Et c'est alors que j'ai connu la première grande aventure de ma vie : on m'a nommé correspondant permanent à Nouméa, où je suis resté plus d'un an, dans une atmosphère de guerre civile, avec un couvre-feu très sévère, une présence militaire incroyablement forte. Comme mes activités pour le journal ne m'occupaient pas suffisamment, le quotidien local m'a demandé de devenir son rédacteur en chef, ce que j'ai accepté, et l'aventure a pris une dimension encore plus passionnante. Les enjeux politiques étaient de taille et le gouvernement calédonien m'a demandé de l'assister dans sa communication. Nous commencions à travailler à 6 heures du matin et à 15 heures, je partais faire de la planche à voile. Un grand bonheur. Ma formation scientifique m'a servi, même dans ces conditions, puisque je me suis intéressé à l'Ifremer (Institut de recherche sur la mer, l'équivalent maritime de l'Inria) qui était très bien représenté là-bas. Avec eux, j'ai découvert la plongée sous-marine et la richesse de notre flore et notre faune aquatiques. La Nouvelle-Calédonie était un milieu très fermé avec quelque cent mille habitants. J'ai fini par côtoyer tout le monde, les exploitants agricoles, les mines, les banques, les entreprises d'import-export. C'est là que l'étincelle de l'entreprenariat s'est allumée dans mon cerveau. Lorsque les événements se sont calmés et que l'actualité est devenue moins bouillonnante, je suis rentré à Paris, heureux de retrouver mes repères habituels. Mais la vie de journaliste m'a semblé bien fade, sans les trépidations calédoniennes. Je voulais créer mon affaire. J'ai d'abord eu le projet de créer un journal, mais les capitaux nécessaires étaient considérables. Le patron d'une société du CAC40 (l'indice avait été créé quelques années auparavant) m'a appelé pour que je devienne directeur de son cabinet. J'y ai vu l'opportunité de connaître mieux le monde des affaires. Un an plus tard, ma société était lancée. Mon idée était la suivante : les moyens classiques de composition, d'impression, de réalisation d'un journal entrainaient des coûts élevés et des délais très longs pour que les grandes entreprises puissent avoir un journal sur leur actualité destiné à leurs salariés ou à leurs clients. La micro-informatique naissante, nous étions en 1986, donnait la possibilité de devenir très réactifs. Sur les salons professionnels, nous pouvions éditer un journal sur l'actualité de la journée, ce qui paraissait infaisable à l'époque. J'ai conclu un accord avec Apple et la société que j'ai créée a obtenu à de très bonnes conditions tout le matériel le plus performant de l'époque. 

J'avais un atout qui paraissait assez rare et qui m'a énormément servi : ma double formation, scientifique et littéraire, avec une excellente expérience de la presse. Le discours technique m'était très abordable et il m'était facile d'être le rédacteur en chef de tous ces "petits journaux" d'un jour. Et je me suis trouvé à la tête d'une entreprise de presse, avec une cinquantaine de journaux, qui paraissaient à des rythmes divers. Mon entreprise obtenu plusieurs prix, dont celui de l'innovation technologique. Puis tout ce matériel est devenu, au milieu des années 1990, accessible à tout le monde. J'ai cédé mon affaire à une agence de publicité traditionnelle. Parmi mes clients, il y avait une banque, qui traversait mal la crise de l'immobilier que nous connaissions alors. Ils voulaient un oeil neuf. Je suis devenu leur conseiller. Je mettais alors les pieds dans la finance, pour ne pas sortir de ce chemin depuis lors. En 2000, ce fut ma deuxième création d'entreprise. Avec des amis, nous lançons une société de gestion d'actifs. Le projet était peu ambitieux, l'enjeu consistait pour les associés, à avoir une activité tranquille et bien rémunérée. Le succès nous a dépassés. En trois années, nous réalisions plus de 50 millions de chiffres d'affaires. En 2011, elle a été cédée à un fonds de pension américain. 

Pourquoi avais-tu choisi l’ENS CACHAN/ENSET après tes années de prépa ?

Pendant un cours en Maths Spé, la professeur de Maths a fait un sondage. Qui veut passer le concours de l'X ? Normale Sup ? J'avais levé la main pour l'X. Pas pour Normale Sup. Et le professeur a dit : "Je n'en vois qu'un seul qui puisse réussir ce concours, c'est Bidault". Il m'a convaincu de me présenter. Ce que j'ai fait. Et je ne suis pas présenté aux autres. Mes parents étaient furieux quand ils ont vu arriver les notes. Zéro partout. J'ai dû avouer que j'avais séché. Ils voulaient que je représente l'X. Pour leur faire plaisir, je me suis donc présenté en classe de Maths Spé à la rentrée d'automne pour redoubler. Le professeur m'a demandé de rentrer chez moi… Un mois plus tard, j'étais à Cachan.

Que t’a apporté l’Ecole ?

Apprendre sans contrainte. Les préparatoires nous apprennent à apprendre. Avec Normale, c'était progresser, tout semblait facile. Cette liberté nous offrait tout un univers à découvrir. Il y avait les conférences, qu'elles soient à Ulm, à Fontenay, à Sèvres ou à Saint Cloud. Les professeurs de la fac nous faisaient des exposés sur ce qu'ils n'abordaient pas en cours. Je me souviens d'une conférence de Bernard d'Espagnat, en Mécanique quantique, qui se terminait sur une haute volée philosophique et cette envolée durait plus que le reste de la conférence. Après, nous restions à discuter. C'était magique, des moments comme ceux-là.

As-tu enseigné à ta sortie de l’Ecole ?

Oui, et là encore, quel plaisir. J'avais des étudiants en médecine. J'ai même écrit des annales corrigées. Les droits d'auteur m'ont permis de visiter la Grèce une deuxième fois.

Pourquoi avoir changé de voie ?

Changer de voie ? Serions-nous prédestinés ? Ma vie n'a pas été conforme aux prévisions. Comme celle de chacun d'entre nous. J'ai commencé dans la vie avec un grand angle, avec un champ de vision ouvert à 180°. D'autres voient leur vie avec un téléobjectif, avec un but fixé, qu'ils veulent atteindre de toutes leurs forces. C'est en tout cas mieux qu'un périscope, en sous-marin.

Sorti de Normale, je ne me suis pas senti contraint. Les opportunités se sont présentées. J'en ai suivi certaines.

Comment vois-tu l’avenir pour toi, ton entreprise ou ton domaine d’activité ?

Toujours dans le même état d'esprit. J'ai beaucoup de projets. Lequel verra le jour ? Il y a les affaires déjà lancées ; mon prochain livre paraît en octobre. Il y a des projets avec le premier pour la télévision. Mon activité de conseil prend de l'ampleur. J'ai mis du capital d'amorçage dans deux start-up. J'aimerais m'impliquer dans leur management de façon plus intense.

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour réaliser ton projet ?

Tout projet rencontre des difficultés. Il est important de ne pas avoir un projet trop précis afin de l'adapter à la demande ou aux attentes du public ou du marché. Etre sur la voie. En sachant que c'est nous-mêmes qui construisons la route. 

Comment as-tu été aidé ?

En étant têtu et obstiné, sans savoir vraiment où je voulais aller.

Peux-tu identifier les raisons de ta réussite ?

Réussir ? Ce ne serait pas être épanoui et heureux malgré tout.

Que dirais-tu à un jeune normalien tenté par le même choix que toi ?

S'il n'aime pas l'action, l'aventure, ses études peuvent lui apporter cette sérénité. S'il aime l'inconnu, les chemins détournés, ses études lui seront un fier bagage et un précieux capital.

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Témoignage d'Alexandrine Brami (D3-1998), Présidente Directrice Générale de IFESP

Quelles sont tes fonctions actuelles, quelle est la nature de ton poste, où travailles-tu ?

Je préside et dirige l'IFESP (www.ifesp.com.br), PME brésilienne dont le cœur de métier est la formation linguistique et professionnelle pour adultes et le coaching de dirigeants.

Concrètement, au quotidien, je définis la stratégie de l'entreprise et le positionnement des offres de services (formation, coaching, outplacement, veille RH) ; je coordonne les fonctions supports (direction administrative et financière, direction des ressources humaines, direction juridique et direction des systèmes d'information) ; je supervise la commercialisation de l'offre de formation inter-entreprises et intra-entreprises ; je construis avec mon équipe franco-brésilienne la stratégie de communication, de marketing direct et de digital marketing ; je développe des partenariats entreprises et universitaires au Brésil ; enfin, je pilote le budget, de telle sorte à assurer la croissance de la marge et la rentabilité.

Parallèlement à mes activités professionnelles, je préside la section Brésil de l'Association des Sciences Po et j'anime deux réseaux d'entrepreneurs et investisseurs à haute valeur ajoutée sur l'axe France-Brésil : France Brasil Alumni (sur LinkedIn) et My Little Brasil.

Peux-tu retracer rapidement ta carrière jusqu'à aujourd'hui ?

Mon grand rêve était d'être chercheur, de vivre entourée de livres et d'avoir du temps. J'ai intégré l'École en 1998, dans la filière Sciences Sociales. En 2002, diplômée du Magistère d'Humanités Modernes et d'un DEA en Sciences Politiques (Sciences Po, 2001), je me suis fixé comme objectif d'intégrer le CNRS. J'avais 25 ans. Politiste passionnée par les objets économiques et russophone spécialiste de la Russie, j'ai commencé une thèse sur l'usage politique des crises financières en Russie.

La même année, Sciences Po m'a proposé de partir au Brésil pour une mission ponctuelle... qui a pris fin en 2006. Mon travail était de pré-former les candidats brésiliens désireux d'intégrer l'IEP et, ce faisant, de renforcer les partenariats avec trois grandes universités dans l'État de São Paulo. J'ai passé quatre annnées entre le Brésil, la France et la Russie, accumulant entretiens, observations et analyse documentaire en anglais, russe et portugais pour une thèse dont le sujet, modifié, continuait de me passionner : les changements de l'Etat, observé au concret, par la petite lucarne du changement fiscal dans deux grandes économies de marché émergentes.

Au terme de ma mission, j'ai décidé de m'installer définitivement au Brésil. La décision a été difficile, car elle impliquait de renoncer à une carrière assurée dans la recherche. Il me fallait trouver rapidement une source de revenus au Brésil. Or l'université brésilienne me semblait fermée. Je me suis alors lancée sans trop réfléchir dans l'aventure entrepreneuriale, créant au Brésil le premier centre de formation intensive au français et aux universités françaises, sur le modèle des classes prépa, avec une offre adaptée aux besoins immédiats des étudiants et diplômés brésiliens : orientation, coaching universitaire, apprentissage accéléré de la langue française, montage des dossiers de candidature, etc. C'était l'embryon de ce qu'est aujourd'hui l'IFESP.

Les deux premières années de structuration de la boîte ont été extrêmement difficiles, car je n'avais aucune formation au management, à la gestion d'équipe, à la finance, je n'avais pas de capital initial à investir et aucun soutien institutionnel. Pourtant, j'ai réussi, preuve qu'on peut se réinventer au Brésil. Preuve, aussi, que j'avais acquis en France les bons et principaux outils.

Pourquoi avais-tu choisi l'ENS CACHAN après tes années de prépa ?

J'ai toujours été passionnée par l'économie et la sociologie, l'histoire et la philosophie. L'ENS de Cachan, avec sa section Sciences Sociales, m'apparaissait comme le lieu idéal pour m'épanouir intellectuellement. Ça c'est la belle histoire. Surtout, après un parcours sans faute de première de la classe, j'ai découvert en B/L au lycée Henri IV, que j'étais nulle en maths ! Il m'aurait été impossible, compte tenu de mes résultats, d'intégrer une autre ENS. Aussi, par nécessité, autant que par intérêt, j'ai tout misé dès l'hypokhâgne sur les matières stratégiques au concours pour intégrer Cachan, notamment sur le russe qui me différenciait. Cette stratégie a été gagnante.

Que t'a apporté l'École ?

L'École, ses enseignants-chercheurs et les élèves que j'ai rencontrés, m'ont appris l'humilité, la force de travail, le goût pour la surprise et la découverte intellectuelle. J'ai aimé le cadre reposant et simple du campus, l'enthousiasme et l'engagement de nos professeurs. Je me suis complètement projetée dans le travail des chargés de TD qui nous donnaient des cours de méthode en première année. C'est à l'ENS que j'ai décidé d'allier l'enseignement à la recherche.

Quel est ton meilleur souvenir de l'École ?

Le soutien total que j'ai reçu à un projet de recherche hors normes pour mon année de maîtrise en sociologie politique : travailler sur le renouveau identitaire et culturelle dans la jeunesse à Tahiti. Le terrain était plutôt distant et mon projet au départ mal ficelé. Mais j'étais déterminée et le département m'a fait confiance. J'ai disparu pendant une année et fait d'innombrables acrobaties pour passer mes partiels. A la fin, j'ai soutenu un mémoire de 250 pages, obtenu mention très bien, et gagné la reconnaissance de l'École.

As-tu enseigné à ta sortie de l'Ecole ?

J'ai enseigné pendant quatre ans pour Sciences Po en France et au Brésil dans le cadre d'un contrat d'Allocataire Moniteur Normalien (2002-2005), puis d'ATER (2006), sur le campus ibéroaméricain de Poitiers, et à São Paulo, dans trois grandes universités partenaires de l'École au Brésil.

Pourquoi avoir changé de voie ?

J'ai changé de pays et de statut, mais pas de voie. Je suis toujours dans l'éducation, la formation. Certes, j'exerce mon magistère au Brésil, dans un cadre privé, et au quotidien mes responsabilités ne me permettent plus d'enseigner. Mais mon engagement est intact et constant : rendre à l'école républicaine française ce qu'elle m'a donné, ce que je suis, ce que je sais, ce que je pense, ce dont je rêve pour les générations futures. Je forme des générations de Brésiliens qui seront demain les plus fervents ambassadeurs de la France, de ses valeurs, de ses institutions, de ses marques et de ses entreprises.

Comment vois-tu l'avenir pour toi, ton entreprise ou ton domaine d'activité ?

Depuis 2007, je crée des ponts entre le Brésil et la France dans le domaine de la formation supérieure, en valorisant les diplômes français au Brésil et en aidant les étudiants brésiliens à intégrer les grandes écoles et universités françaises. Pari réussi pour une entreprise dynamique, rentable et en forte croissance sur le marché brésilien.

Cette année, je me suis lancé un nouveau défi : diversifier les activités de l'IFESP et écrire l'histoire de la formation professionnelle au Brésil, marché gigantesque mais émergent, donc peu structuré et peu professionnalisé. Mon ambition est de faire de l'IFESP, en deux ans, la référence au Brésil, dans le secteur. Comment ? En m'associant avec un acteur fort du secteur en France, en important et adaptant au Brésil les meilleures pratiques et outils pour former les cadres et managers brésiliens à l'efficacité professionnelle et relationnelle, au leadership et au management.

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour réaliser ton projet ?

Ma plus grande difficulté a été d'avoir à apprendre sur le tas un métier – diriger une entreprise – dont j'ignorais tous les rouages, dans un contexte brésilien complexe, instable et imprévisible, avec au départ peu modèles pour m'orienter et m'inspirer. J'ai multiplié les erreurs typiques du jeune entrepreneur et perdu beaucoup de temps, d'énergie et d'argent. Je n'avais pourtant pas droit à l'erreur, car je n'avais aucun filet de sécurité et une équipe de vingt personnes qui dépendaient directement de moi pour vivre. Vous imaginez le stress lié à cette situation. Ma vie personnelle en a pâti...

Comment as-tu été aidé ?

Par des entrepreneurs français résidents au Brésil, tous des hommes, dont j'ai su m'entourer après trois ans de solitude et de galère. Ils sont aujourd'hui mes fidèles conseillers et je leur rends hommage car ils m'ont écoutée et conseillée. Ils m'ont donné du temps, denrée la plus chère au Brésil. J'ai su tirer profit de leurs enseignements et me réinventer grâce à eux. Aujourd'hui je suis sereine, épanouie et prête à embrasser un projet plus ambitieux.

Peux-tu identifier les raisons de ta réussite ?

Travail, résistance, résilience. Tels sont les ingrédients nécessaires pour monter une boîte à partir de rien au Brésil. Mais ce n'est pas une condition suffisante. Je suis devenue entrepreneur par nécessité et j'ai su faire de cette nécessité une vertu, grâce à un enthousiasme et une confiance en moi qui m'accompagnent depuis toute jeune. J'ai su m'entourer de gens sérieux et honnêtes, que j'admire et qui me complètent, et avec lesquels je partage des valeurs humanistes, un goût pour la chose publique et un réel sens de l'engagement.

Que dirais-tu à un jeune normalien tenté par le même choix que toi ?

N'oublie jamais de rêver. Rêve grand. Avance à petits pas. Sois sérieux, sans te prendre pour autant au sérieux. Entoure toi. Enfin, viens au Brésil ouvrir l'horizon des possibles. Nous enseignons le portugais du Brésil et formons les jeunes diplômés à vivre et travailler au Brésil. Tu apprendras dans ce pays-continent à perdre tes repères, tu apprendras une nouvelle langue et un nouveau métier. Tu ne sortiras pas indemne de l'expérience.

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Alexandrine Brami

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