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Témoignage de Jean-Pierre Dubois-Monfort (F-1969), Direction Générale du Trésor auprès du Ministère de l’Economie

Je suis fonctionnaire à  la Direction générale du Trésor au Ministère de l’Economie et des Finances, Chargé de mission auprès du  Secrétaire Général. Le Secrétariat général de la DG Trésor est, en particulier, chargé du pilotage du réseau international du Ministère des Finances, les services économiques des Ambassades. Au cours des dernières années, j’ai été amené à m’occuper du volet économique de la Saison de la Turquie en France, à effectuer un audit des publications des Services économiques, à assurer l’encadrement fonctionnel du Service économique de Berne,  à renforcer les mesures de sécurité pour les Services économiques, à participer au suivi de la réforme de l’administration centrale en Grèce, à coordonner la coopération institutionnelle de la DG Trésor.

J’appartiens à une espèce disparue à l’ENS Cachan, celle des linguistes non-anglicistes (je suis germaniste au départ).Après l’agrégation, j’ai passé un DEA d’Etudes Politiques Approfondies à l’IEP de Paris et commencé une thèse d’Etat  en science politique dirigée par Alfred Grosser.

As-tu enseigné à ta sortie de l’Ecole ?

J’ai enseigné de 1978 à 1985 au Lycée des Mureaux et, en parallèle, de 1981 à 1985 à l’IEP Paris. Je garde un excellent souvenir de cette période, mais j’ai eu assez rapidement envie de connaître une autre expérience professionnelle.

Pourquoi avoir changé de voie ?

Avant même de soutenir ma thèse, j’ai changé d’orientation : je me suis intéressé à une autre zone qu’à l’Europe et j’ai souhaité connaître « l’épreuve du feu », c’est-à-dire être confronté à des problèmes concrets et  en rechercher les solutions.

Peux-tu retracer rapidement ta carrière jusqu’à aujourd’hui ?

J’ai donc passé le concours de l’ENA et demandé au Directeur des stages de m’envoyer en Asie, ce qu’il fit (Singapour d’abord, Tokyo ensuite). A la sortie, j’ai choisi la Direction des Relations Economiques Extérieures et j’ai travaillé  aussi bien à Bercy qu’en Ambassade (Tokyo, Bonn), sur des dossiers bilatéraux et multilatéraux (négociations de l’accord GATS du Cycle d’Uruguay et Conseiller à la Représentation Permanente de la France auprès de l’OCDE).

Pendant 5 ans- de  2003 à 2008- j’ai dirigé la mission pour les relations franco-allemandes au Ministère des Affaires Etrangères où nous étions chargés de préparer les Conseils des ministresfranco-allemands, comme celui qui a célébré le 50ème anniversaire du Traité de l’Elysée. Cette activité était des plus variées puisque cette préparation supposait une animation interministérielle. Outre la coordination générale, j’ai suivi de près le projet de manuel d’histoire franco-allemand-je siégeais au comité scientifique- le renouvellement du pacte d’actionnaire d’EADS, le développement des  cursus franco-allemands, notamment dans le cadre de l’Université franco-allemande, la mise en place de programmes de recherche franco-allemands.

Ce type d’activité professionnelle présente un double avantage : la mobilité géographique et la mobilité intellectuelle. Dans l’administration française, vous changez de poste tous les trois ou quatre ans et vous avez ainsi l’occasion de vous consacrer à des tâches nouvelles, ce qui est très stimulant. En particulier au sein de la DG Trésor qui est au cœur des négociations multilatérales ou européennes ou des débats domestiques sur le modèle social français et ses ajustements.

Je constate d’ailleurs que la Direction continue d’attirer les jeunes talents, puisque je découvre chaque jour de nouveaux collègues issus de l’Ecole.

Quel est ton meilleur souvenir de l’Ecole ?

Mon meilleur souvenir de l’Ecole reste le  jour de mon arrivée. Je suis allé à pied de la Gare du Nord à l’Ecole tellement j’étais heureux d’être à Paris-je suis né à Calais-et d’être payé pour étudier et suivre les cours des professeurs les plus réputés (j’étais boursier).

Ce que j’ai particulièrement apprécié, c’est surtout la liberté dont on disposait à l’époque pour organiser ses études. J’ai  passé trois ans à Hambourg, pendant lesquels j’ai effectué des stages dans de grands organes de presse (die Zeit et der Spiegel) et donné des cours de français à l’Université.

Peux tu nous rappeler ce qu'était la section F ?

Les sections littéraires de l'ENSET comprenaient une quarantaine d'élèves de différentes spécialités : lettres modernes (section E), langues (section F : allemand, anglais, espagnol) et histoire-géographie (section G). Dans ma promotion, nous étions 25 linguistes. Il était, alors d'usage de passer l'agrégation.

Que dirais-tu à un jeune normalien tenté par le même choix que toi ?

Dans mes différentes fonctions j’ai rencontré nombre d’excellents diplômés issus des plus grandes universités ou écoles dans le monde. Ce qui me frappe chez les Français c’est qu’ils ont des qualités exceptionnelles, mais  aussi qu’ils n’ont pas toutes les qualités. Les hauts fonctionnaires allemands, par exemple,  commencent plus tard leur carrière professionnelle vers 28 ans, mais ils ont  multiplié  des expériences en entreprises, effectué des séjours prolongés à l’étranger et eu une activité d’enseignement à l’Université. Ils possèdent ainsi une « épaisseur humaine » et une bonne maîtrise des « soft skills ».Plutôt que de multiplier les cursus dans des établissements prestigieux,  je me demande s’il n’est pas plus utile de multiplier ce type d’expériences.

 Je crois, toutefois, qu’il est important d’avoir un « cœur de compétences » durable, recherché, tangible, et de savoir l’entretenir tout en acquérant des compétences nouvelles.

Quels enseignements tires-tu de ton expérience professionnelle pour la formation des diplômés en France ?

Par intérêt personnel et professionnel je suis de près les controverses sur la compétitivité. Je constate que l’une des faiblesses que nous avons par rapport à nos concurrents, notamment allemands et japonais-, c’est malgré les efforts de ces dernière années, un moindre investissement dans la captation de l’information. L’accent que nous mettons sur l’anglais, s’il est à bien des égards justifié, ne doit pas nous faire négliger les autres langues. Au Japon comme en Allemagne, l’information la plus intéressante se trouve d’abord-et parfois exclusivement- dans la langue locale. Parler ces langues c’est aussi pouvoir utiliser les points forts géographiques de ces pays : la Turquie ou la Russie pour l’Allemagne, la Chine et l’Asie du Sud et de l’Est pour le Japon

Comment vois-tu l’avenir pour toi, ton entreprise ou ton domaine d’activité ?

Au début des années 2000, j’étais Conseiller à la Représentation permanente de la France auprès de l’OCDE et j’ai vu se préparer l’évolution du rôle de l’Etat dans les grandes démocraties développées. La Fonction publique a connu depuis de profonds changements en France et ailleurs en Europe. En voyant comment les pays émergents continuent d’accorder un rôle central à l’Etat et de mettre à sa disposition des moyens d’action qui lui permettent de l’exercer pleinement, certains, y compris à l’OCDE s’interrogent. A suivre, donc.

Comment juges-tu l’évolution de l’Ecole depuis que tu en es sorti ?

Je suis fier de voir à quel point l’ENS Cachan, ses anciens élèves et ses élèves actuels ont su au cours de toutes ces années renforcer la  position de l’Ecole au sein des parcours d’excellence de l’enseignement supérieur français