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Témoignage de Jean-Philippe Bidault (1975 A"2), Secrétare général et administrateur de la Compagne des Experts financiers

Quelles sont tes fonctions actuelles, quelle est la nature de ton poste, où travailles-tu ?

Actuellement, je suis secrétaire général et administrateur de la Compagnie des Experts financiers (CCEF), qui regroupe plus de 600 membres originaires de toutes les horizons impliqués dans la Finance. Il s'agit pour moi d'un poste bénévole car ma santé m'a imposé un repos de plus d'un an. Je devrais reprendre mes activités au courant de l'automne. La Compagnie a son siège à Paris et des bureaux dans chaque région de France, y compris l'Outre-mer. J'ai lancé au début de l'année 2013 une lettre d'information mensuelle et une revue trimestrielle de réflexions. Dans les séminaires et conférences, c'est moi qui suis chargé de faire les bilans macroéconomiques et les points de conjoncture. D'un autre côté, je viens de terminer le tome 2 de mon livre "Si la banque m'était contée…" qui fait suite au tome 1, paru l'an dernier "Si l'argent m'était conté…"

Peux-tu retracer rapidement ta carrière jusqu’à aujourd’hui ?

C'est un parcours très peu linéaire. Les disciplines scientifiques m'ont toujours plu, mais, jeune homme, je rêvais d'étudier les lettres classiques. Quand j'ai terminé mon parcours universitaire scientifique à Cachan, je me suis inscrit à la Sorbonne en lettres modernes. Et j'enseignais la physique et la chimie aux étudiants de première année de Médecine. Le temps d'obtenir ma maitrise de lettres. Aussitôt après, j'ai rencontré le patron d'un groupe de presse qui m'a proposé de devenir journaliste. Je n'ai pas hésité une seconde. Et je me suis retrouvé à écrire des critiques de livres, puis des articles de fond sur la science ou des portraits d'écrivains, anciens ou contemporains. Une de mes grands-mères était d'origine antillaise. J'ai toujours de fortes attaches en Martinique. Quand les événements se sont déchaînes en Nouvelle-Calédonie, je me suis vraiment intéressé à l'actualité politique là-bas. Et c'est alors que j'ai connu la première grande aventure de ma vie : on m'a nommé correspondant permanent à Nouméa, où je suis resté plus d'un an, dans une atmosphère de guerre civile, avec un couvre-feu très sévère, une présence militaire incroyablement forte. Comme mes activités pour le journal ne m'occupaient pas suffisamment, le quotidien local m'a demandé de devenir son rédacteur en chef, ce que j'ai accepté, et l'aventure a pris une dimension encore plus passionnante. Les enjeux politiques étaient de taille et le gouvernement calédonien m'a demandé de l'assister dans sa communication. Nous commencions à travailler à 6 heures du matin et à 15 heures, je partais faire de la planche à voile. Un grand bonheur. Ma formation scientifique m'a servi, même dans ces conditions, puisque je me suis intéressé à l'Ifremer (Institut de recherche sur la mer, l'équivalent maritime de l'Inria) qui était très bien représenté là-bas. Avec eux, j'ai découvert la plongée sous-marine et la richesse de notre flore et notre faune aquatiques. La Nouvelle-Calédonie était un milieu très fermé avec quelque cent mille habitants. J'ai fini par côtoyer tout le monde, les exploitants agricoles, les mines, les banques, les entreprises d'import-export. C'est là que l'étincelle de l'entreprenariat s'est allumée dans mon cerveau. Lorsque les événements se sont calmés et que l'actualité est devenue moins bouillonnante, je suis rentré à Paris, heureux de retrouver mes repères habituels. Mais la vie de journaliste m'a semblé bien fade, sans les trépidations calédoniennes. Je voulais créer mon affaire. J'ai d'abord eu le projet de créer un journal, mais les capitaux nécessaires étaient considérables. Le patron d'une société du CAC40 (l'indice avait été créé quelques années auparavant) m'a appelé pour que je devienne directeur de son cabinet. J'y ai vu l'opportunité de connaître mieux le monde des affaires. Un an plus tard, ma société était lancée. Mon idée était la suivante : les moyens classiques de composition, d'impression, de réalisation d'un journal entrainaient des coûts élevés et des délais très longs pour que les grandes entreprises puissent avoir un journal sur leur actualité destiné à leurs salariés ou à leurs clients. La micro-informatique naissante, nous étions en 1986, donnait la possibilité de devenir très réactifs. Sur les salons professionnels, nous pouvions éditer un journal sur l'actualité de la journée, ce qui paraissait infaisable à l'époque. J'ai conclu un accord avec Apple et la société que j'ai créée a obtenu à de très bonnes conditions tout le matériel le plus performant de l'époque. 

J'avais un atout qui paraissait assez rare et qui m'a énormément servi : ma double formation, scientifique et littéraire, avec une excellente expérience de la presse. Le discours technique m'était très abordable et il m'était facile d'être le rédacteur en chef de tous ces "petits journaux" d'un jour. Et je me suis trouvé à la tête d'une entreprise de presse, avec une cinquantaine de journaux, qui paraissaient à des rythmes divers. Mon entreprise obtenu plusieurs prix, dont celui de l'innovation technologique. Puis tout ce matériel est devenu, au milieu des années 1990, accessible à tout le monde. J'ai cédé mon affaire à une agence de publicité traditionnelle. Parmi mes clients, il y avait une banque, qui traversait mal la crise de l'immobilier que nous connaissions alors. Ils voulaient un oeil neuf. Je suis devenu leur conseiller. Je mettais alors les pieds dans la finance, pour ne pas sortir de ce chemin depuis lors. En 2000, ce fut ma deuxième création d'entreprise. Avec des amis, nous lançons une société de gestion d'actifs. Le projet était peu ambitieux, l'enjeu consistait pour les associés, à avoir une activité tranquille et bien rémunérée. Le succès nous a dépassés. En trois années, nous réalisions plus de 50 millions de chiffres d'affaires. En 2011, elle a été cédée à un fonds de pension américain. 

Pourquoi avais-tu choisi l’ENS CACHAN/ENSET après tes années de prépa ?

Pendant un cours en Maths Spé, la professeur de Maths a fait un sondage. Qui veut passer le concours de l'X ? Normale Sup ? J'avais levé la main pour l'X. Pas pour Normale Sup. Et le professeur a dit : "Je n'en vois qu'un seul qui puisse réussir ce concours, c'est Bidault". Il m'a convaincu de me présenter. Ce que j'ai fait. Et je ne suis pas présenté aux autres. Mes parents étaient furieux quand ils ont vu arriver les notes. Zéro partout. J'ai dû avouer que j'avais séché. Ils voulaient que je représente l'X. Pour leur faire plaisir, je me suis donc présenté en classe de Maths Spé à la rentrée d'automne pour redoubler. Le professeur m'a demandé de rentrer chez moi… Un mois plus tard, j'étais à Cachan.

Que t’a apporté l’Ecole ?

Apprendre sans contrainte. Les préparatoires nous apprennent à apprendre. Avec Normale, c'était progresser, tout semblait facile. Cette liberté nous offrait tout un univers à découvrir. Il y avait les conférences, qu'elles soient à Ulm, à Fontenay, à Sèvres ou à Saint Cloud. Les professeurs de la fac nous faisaient des exposés sur ce qu'ils n'abordaient pas en cours. Je me souviens d'une conférence de Bernard d'Espagnat, en Mécanique quantique, qui se terminait sur une haute volée philosophique et cette envolée durait plus que le reste de la conférence. Après, nous restions à discuter. C'était magique, des moments comme ceux-là.

As-tu enseigné à ta sortie de l’Ecole ?

Oui, et là encore, quel plaisir. J'avais des étudiants en médecine. J'ai même écrit des annales corrigées. Les droits d'auteur m'ont permis de visiter la Grèce une deuxième fois.

Pourquoi avoir changé de voie ?

Changer de voie ? Serions-nous prédestinés ? Ma vie n'a pas été conforme aux prévisions. Comme celle de chacun d'entre nous. J'ai commencé dans la vie avec un grand angle, avec un champ de vision ouvert à 180°. D'autres voient leur vie avec un téléobjectif, avec un but fixé, qu'ils veulent atteindre de toutes leurs forces. C'est en tout cas mieux qu'un périscope, en sous-marin.

Sorti de Normale, je ne me suis pas senti contraint. Les opportunités se sont présentées. J'en ai suivi certaines.

Comment vois-tu l’avenir pour toi, ton entreprise ou ton domaine d’activité ?

Toujours dans le même état d'esprit. J'ai beaucoup de projets. Lequel verra le jour ? Il y a les affaires déjà lancées ; mon prochain livre paraît en octobre. Il y a des projets avec le premier pour la télévision. Mon activité de conseil prend de l'ampleur. J'ai mis du capital d'amorçage dans deux start-up. J'aimerais m'impliquer dans leur management de façon plus intense.

Quelles difficultés as-tu rencontrées pour réaliser ton projet ?

Tout projet rencontre des difficultés. Il est important de ne pas avoir un projet trop précis afin de l'adapter à la demande ou aux attentes du public ou du marché. Etre sur la voie. En sachant que c'est nous-mêmes qui construisons la route. 

Comment as-tu été aidé ?

En étant têtu et obstiné, sans savoir vraiment où je voulais aller.

Peux-tu identifier les raisons de ta réussite ?

Réussir ? Ce ne serait pas être épanoui et heureux malgré tout.

Que dirais-tu à un jeune normalien tenté par le même choix que toi ?

S'il n'aime pas l'action, l'aventure, ses études peuvent lui apporter cette sérénité. S'il aime l'inconnu, les chemins détournés, ses études lui seront un fier bagage et un précieux capital.

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