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Témoignage de Barthélémy Longueville (B3-1996)

Peux-tu en quelques mots retracer ton parcours à l’ENS ?

J’ai toujours été intéressé par la technologie. Ce qui m’a fait choisir l’ENS, c’est la possibilité d’études et de carrières plus ouvertes, qu’aux arts et métiers par exemple. À cela s’ajoute la situation géographique qui m’attirait, tout comme la diversité de sections et du campus de Cachan. J’avais envie de changement, et Paris me semblait la place idéale pour me fournir les meilleures opportunités.

J’ai intégré l’ENS en 1996, au département génie mécanique. Après la première année de tronc commun, je me suis spécialisé dans la partie mécanique – production (département B3).

As-tu passé le concours de l’agrégation, et pourquoi ?

À vrai dire à l’époque, il n’y avait pas vraiment le choix de ne pas la passer ! Même si je savais que je ne me dirigerais probablement pas vers l’enseignement. J’étais plutôt dans une optique de recherche industrielle. Je voyais Cachan comme l’école qui pouvait m’amener le plus loin dans ce domaine, et pouvant le plus facilement me préparer à un DEA ou une thèse, en labo ou en entreprise. Je n’étais pas contre l’idée d’aller ensuite travailler dans le privé, mais je ne m’orientais pas spécifiquement dans cette direction.

Par la suite, as-tu fait une thèse ?

Juste après l’agrégation, j’ai commencé un DEA à l’école Centrale, en 1999, dans un laboratoire de génie industriel, que très peu de normaliens choisissaient à l’époque mais qui m’intéressait. Ceci m’a permis d’obtenir un stage chez PSA, qui lui-même a été un tremplin vers l’obtention d’une thèse par le dispositif CIFRE, toujours chez PSA, que j’ai démarrée en 2000 et présentée en 2003.

Qu’as-tu retiré de tes années à l’ENS ?

J’ai beaucoup apprécié l’année de l’agrégation. C’était intense, exigeant, plus difficile que mes années de prépa. Je me rappelle en particulier mes épreuves de leçons, qui étaient très formatrices. En revanche j’ai été très surpris par mes années de licence/maîtrise. La différence de méthodes d’enseignement entre la prépa et la fac est très dépaysante. Tout ne m’a pas intéressé, et comme à l’époque je n’étais pas très discipliné, je pense que je suis passé à côté d’un certain nombre d’aspects. Surtout, lorsque je compare les méthodes d’enseignement avec par exemple mes amis anglo-saxons, je me rends compte que très probablement, dans un cadre différent, je serais déjà devenu chef d’entreprise dans une start-up innovante. En effet, je travaillais sur un certain nombre de projets novateurs, mais sur lesquels je n’ai pas osé m’impliquer au point de créer une entreprise.

Tu as donc opté pour une carrière dans le privé. Tu as débuté par PSA, pourquoi n’y être pas resté par la suite ?

À la fin de ma thèse, j’ai eu accès à un large éventail de possibilités, mais paradoxalement peu d’ouvertures chez PSA, qui ne m’offrait qu’une situation un peu précaire avant d’éventuellement déboucher sur une véritable embauche quelques mois plus tard. J’ai finalement opté pour un poste dans un département de recherche-innovation chez EADS.

Qu’as-tu fait chez EADS ?

Pendant trois ans j’ai été chef de projet. Je travaillais au centre de recherche-innovation qui s’occupait des problématiques de systèmes d’information pour l’ingénierie. EADS est une entreprise où l’on s’occupe davantage de conception que de production : il s’agissait donc concrètement de travailler sur des outils d’évaluation, de transmission de l’information, des modèles de calcul, etc.

Mon seul regret, c’est que j’avais le sentiment de ne pas être suffisamment proche des problématiques concrètes, du terrain. Un exemple, j’ai eu à travailler sur des outils d’aide à la conception de l’A350 ; c’était en 2004, et le tout premier vol n’a eu lieu que l’année dernière soit presque 10 ans plus tard, alors que j’avais déjà quitté EADS depuis longtemps.

À quel moment l’as-tu quitté ?

Pour comprendre, il faut remonter à l’époque de mon stage de maîtrise. J’ai fait une rencontre qui s’est avérée déterminante. Un de mes professeurs de Cachan connaissait une personne de chez PSA en Chine, qui m’a donné l’opportunité de m’installer plusieurs mois en Chine, sur le site de Xiangfan. J’avais beaucoup apprécié ce que j’avais fait, ainsi que le lieu, et m’étais dit que j’y retournerais peut-être un jour. Puis en 2003, j’ai saisi une opportunité offerte par Vallourec, suite à une candidature spontanée soutenue par des dirigeants du groupe rencontré grâce à un réseau que j’avais monté lorsque j’étais thésard. Le deal était que pendant deux ans j’occupais un poste très terrain, mais qu’à terme je serais privilégié en cas de possibilité de poste en Chine. Je suis donc devenu pendant deux ans responsable qualité dans une usine de Bourgogne.

Comment s’est passée ton expérience chinoise ?

Au départ je devais assister le directeur d’une usine en tant que responsable qualité et contrôle de gestion. Puis au moment de partir, le directeur d’une autre usine en construction a démissionné et on m’a proposé de le remplacer au pied levé. J’ai donc suivi la fin des travaux, constitué les équipes etc. Cela a duré environ six mois, puis pendant un an j’ai remplacé un autre directeur d’usine qui était reparti en France. J’ai été ensuite VP Chine de l’activité Heat Exchanger.

Il y a un an, on m’a proposé de reprendre la tête de la division Power Generation pour la région Chine. Ce qui est toujours mon poste actuel.

Quelle différence notable observes-tu dans le monde des affaires entre la Chine et la France ?

Il y en a beaucoup, mais une des plus importantes à mes yeux est l’approche client. En Chine, le client est vraiment roi. Il faut être très disponible, très réactif aux changements de demande. Par ailleurs les Chinois voient aujourd’hui la France comme un pays avec une histoire riche mais qui n’est plus un pays vraiment important. Mis à part l’industrie du luxe, il n’y a plus spécifiquement de rayonnement français. Ils continuent cependant de faire confiance aux ingénieurs et commerciaux français.

Ensuite, sur le plan culturel, on se rend bien compte qu’en France nous avons été éduqués avec l’idée que nos valeurs étaient des valeurs universelles. Or en Chine, certaines questions comme la relation à l’autre par exemple sont traitées de manière très différente. Je reconnais que sur ce plan-là je suis resté très français, mais il est important pour toute personne qui souhaite vivre dans un autre pays de savoir mettre de côté ses convictions profondes et tenter de comprendre le mode de pensée de l’autre.

Aimerais-tu à terme mettre à profit ton expérience d’expatrié pour créer ta propre entreprise ?

 

Oui, absolument ! Aujourd’hui j’ai un grand nombre d’idées qui me viennent à l’esprit, du fait des simples observations du quotidien. Mais je ne me vois pas me lancer tout de suite. J’attends d’abord d’avoir suffisamment développé mon réseau et mon expertise et je n’envisage cette possibilité que comme une deuxième partie de carrière. Dans tous les cas j’attends de trouver également le bon partenaire, car je ne me vois pas me lancer seul dans cette aventure. Quant à savoir si cela aura lieu en Chine en France, ou ailleurs, rien n’est encore décidé.

 

Propos recueillis par Pierre-Louis Gourdoux (promotion 2008)